Une magnifique histoire

28 Sep

J’ai terminé mon mandat en août à l’ACOD.  Pendant les derniers mois j’ai surtout travaillé à l’élaboration de projets et la recherche de financement pour la création d’un écomusée pour la Maison du Karité et pour l’acquisition de matériels et la mise-en-place de stratégies permettant aux productrices de beurre de karité d’augmenter leur capacité de production et la qualité du produit qu’elles offrent.  J’ai aussi eu la chance d’accueillir et de supporter un groupe de 7 stragiaires québécois venant appuyer la Maison du Karité en marketing et commercialisation. Après, ce fut un épisode de paludisme, des vacances imprévues et inoubliables au Liban, un Safari en Tanzanie et de la pure détente sur ses plages de Zanzibar.

En écrivant sur mon blogue, j’ai réalisé que les histoires que je racontais dépeignaient ou s’inspiraient souvent des différences que je pouvais observer entre la culture malienne et la mienne.  Au fil du temps, en m’intégrant à la culture de mon pays d’accueil,  je me suis rendue compte qu’on n’était pas si différent. 

Je juge, et je juge encore, mais cette expérience d’un an et quelques mois au Mali, m’a permis de m’ouvrir davantage et de voir ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous distingue. Ce sera ma leçon pour ma prochaine aventure à l’étranger, écrire sur ce qui nous rassemble, sur ce qui ne change pas d’un peuple à l’autre.

Surtout, pas obligé d’aller aussi loin, mais simplement s’ouvrir à plusieurs autres histoires qu’à celles qui nous sont racontées.

L’auteur Chimamanda Adichie m’a offert le plus beau cadeau, celui de nous raconter cette très belle histoire, celle que j’aurais aimée pouvoir si bien et si justement vous écrire dans mon dernier billet aliaaumali.

Au plaisir d’avoir pu partager cette expérience de vie avec vous chers amis.

Alia

 

Accra Shea Conference…

12 Mai

Je suis bien entourée à la première journée de conférence, mon patron Élisée, mon collègue Roger. J’ai l’air bien à l’aise.  Mais pour me rendre ici à l’Hotel Palm Beach d’Accra, j’ai fait 3 jours de bus. 55 heures plus précisément – juste à l’aller.  J’ai mangé du pain, du fromage Kiri et des biscuits, pendant 3 jours. Parce que moi je ne mange pas le poulet bicyclette qui avait l’air très bon soit dit en passant. J’ai partagé l’autobus avec la délégation malienne du Karité, et aussi les productrices de beurre de karité. Celles qui prenaient l’autobus vers un autre pays pour la première fois, celles qui vivent dans des villages de la brousse qui n’apparaissent pas du bord de la route, qu’on retrace par la forme des arbres, celles qui se brossent les dents avec des racines d’arbre, crachent et jettent des déchets par terre dans le bus ou qui se font la barbe le matin, mais heureusement elles sont bien outillées pour dormir par terre à la frontière fermée et pour faire leurs besoins en brousse.  Mais quand elles se mettent à chanter, danser, quand elles se rendent compte que c’est grâce à leur travail qu’aujourd’hui la filière karité est en expansion, on oublie qu’on a traversé le Mali, le Burkina et une partie du Ghana pour assister à une conférence de 4 jours.

Mais j’aurais aimé que les conférences tournent plus autour d’ELLES. Comment améliorer leurs conditions de vie à travers l’expansion de la filière, par exemple? Qu’est ce que la production du beurre et sa vente leur rapporte vraiment?

Une nouvelle alliance est née pendant l’évènement pour faire rayonner la filière mondialement et unir les différents pays producteurs. Des grands joueurs sur le conseil d’administration, Body Shop, exportateurs, ONG nationales. Mais à qui reviendra vraiment le bénéfice des futures actions, je vais suivre de près l’évolution…

Les différents pays de l’Afrique de l’Ouest étaient tous représentés et devaient présenter leurs stratégies pour activer la croissance de la filière.  A part de grands objectifs, des fois sur 10 ans, rien de concret, aucun plan d’action pour s’y rendre. Mais les enjeux eux, on les connait bien, on a tous les même – capacité de production faible, faible qualité des produits et pas d’argent. Et on veut exporter son beurre, alors que son marché national est encore à développer.  Mais les solutions, elles sont où?

Financer des usines de production où les femmes seront réduites à des cueilleuses de noix de karité et non à des productrices de beurre de karité? Alors que d’arriver à un produit fini amène plus de valeur au produit qu’elles vendent, cueillir et vendre la matière première cela leur rapporte peu. Mais souvent le travail pour arriver à un beurre de qualité est tellement exigeant et long, qu’elles préfèrent voir à court terme (pouvoir manger le soir) en vendant la matière première. Connaissant ces enjeux, comment peut-on aider les femmes?

Développer le marché du beurre artisanal, conçu par des femmes, 100% karité,  naturel et de plus grande qualité?  Mais à l’Oréal, ils veulent quoi? Veulent-ils vraiment un beurre de qualité fait à la main pour aider les femmes? Ou ne cherche-t-il pas tout simplement la constance dans le pot de crème avec quelques % de karité vendu à 50$.  Désolant de voir certain vouloir vendre la tonne de beurre fait à la main au prix du beurre non raffiné fait en usine. Il y a aussi, surtout, les gros joueurs qui mettent de la pression sur les prix. Mais ces femmes de milieu rural, ce sont elles les plus défavorisées, les plus affectées par la pauvreté au monde.  Comment cela peut aider à enrichir les femmes?

Le marché équitable? Mais quelle coopérative de karité certifiée équitable aujourd’hui a assez de clients ou tout simplement un client sur le marché équitable qui lui permet de compenser le financement annuel de la certification? Le représentant de Fairtrade n’a pu me répondre. Le soutien dans la commercialisation après l’obtention de la certification, ça ne fait pas partie du deal.

Que d’enjeux. Mais il y a des solutions pour les femmes, si l’objectif est vraiment comme on dit d’améliorer la condition de vie des femmes en Afrique via cette filière.  Il y a lieu de revoir complètement le modèle et le pouvoir de l’alliance est là.  Sans elles, du moins, présentement,  il n’y a pas d’industrie. 

Le karité, c’est l’or de l’Afrique, ou bien?

 

 

Le syndrome du blogueur voyageur

12 Mai

Ces derniers temps ça été plus difficile pour moi d’écrire.  Entre autre car à quelques mois de mon départ du Mali, je suis en mode « Je vis le moment présent ».  Pas le choix, et j’y arrive…souvent. C’est aussi car j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont transmis des outils et une force qui m’accompagnent aujourd’hui dans mes choix de vie.

Le moment présent a un avantage sur tous les autres : il nous appartient.  Je profite de mes amis, de ce que j’apprends et réalise au boulot, des endroits où j’aime me retrouver, de mes soirées douces et de toutes les opportunités qui me sont offertes.

Écrire sur mon blogue c’est revenir dans le passé. Revenir dans le passé, c’est penser au futur, même quand on pense au présent. Mais heureusement, les choses sont en place pour moi. Je remercie la vie.

Comme je sais que ces quelques pages web seront un des plus beaux cadeaux que je puisse m’offrir, et que vous m’encouragez en me rappelant que ça fait longtemps,  je m’y mets!

Retour en septembre, d’ici là que la vie me permette de vivre que de belles expériences à partager.

Un avant goût : réalisation d’un écomusée sur le Karité, safari en Tanzanie…

 

 

Les cantines scolaires pour les plus démunis?

23 Mar

Après les clubs des petits-déjeuners et le concept de cuisine collective au Québec, le projet de cantines scolaires initié par le CECI et appuyé de son partenaire, Woïyo Kondèye spécialisé en sensibilisation/éducation en matière de nutrition, a vu le jour il y a deux dans 5 villages en périphérie de Bamako.

Ces cantines scolaires permettent aux jeunes de manger un repas santé à l’école sur l’heure du midi. « À la pause du midi, les enfants rentraient à la maison où souvent, il n’y avait rien à manger. Par gêne de renvoyer leur enfant à l’école le ventre vide, les parents préféraient leur donner congé de classe l’après-midi. Par conséquent, il y avait beaucoup d’absentéisme », explique Selly Ouane, directrice exécutive de l’ONG malienne Woïyo Kondèye. « Avec les cantines scolaires, les parents n’ont plus à se soucier de nourrir leur enfant le midi. L’école s’en charge. »

Au début du mois, j’ai appuyé les organisations dans la récolte d’information pour évaluer les retombées du projet.  C’est dans des écoles dans le milieu de la brousse, dans de tous petits villages, qu’on s’est rendu à la rencontre de directeurs d’école, de professeurs, de parents d’élèves, de cuisinières et comités de gestion scolaire (groupe en charge du bon fonctionnement des écoles).  

Mon constat initial, mais comment peut-on avoir la force de marcher 3 km pour aller à l’école, 3 km pour revenir dîner, 3 km pour retourner à l’école après dîner et 3 km pour  rentrer à la maison, le ventre vide, à 40 degrés.  J’oubliais, à travers tout ça, écouter et participer en classe et faire ses devoirs le soir?

Au Mali, de nombreux projets financent la construction d’écoles et de leurs infrastructures. Ensuite, on se rend compte que l’école n’a pas assez d’argent pour payer ses frais de fonctionnement, on finance donc d’autres initiatives pour la prise-en-charge des écoles par les comités de gestion scolaire. Et si on revenait au problème à la source, à la base, comme combler les besoins fondamentaux des élèves?

Un simple repas offert par les cantines scolaires permet de combattre la malnutrition et a aussi des impacts positifs sur la scolarisation des jeunes et la communauté.

Les cantines scolaires offrent des plats cuisinés par les mères des élèves qui respectent les valeurs nutritives journalières en plus d’y intégrer des éléments naturelles visant à contrer les carences en nutrition d’une grande proportion de jeunes maliens – des carences en fer, en vitamines A et en minéraux. Les femmes ont été formées par Woïyo Kondèye à cet effet. 

Depuis la mise en place du projet, on observe une augmentation du niveau de concentration des élèves, une meilleure entente entre les élèves, un taux plus bas d’absentéisme et un meilleur taux de réussite. Les professeurs se disent aussi plus motivés.

Les enfants s’absentent moins pour cause de maladie. On observe moins de maux de tête, de palu, de maux de ventre et de maux de yeux. De plus, dans certains villages les enfants avaient des signes de carence apparents, tels le ventre gonflé, mais plus maintenant. On remarque aussi moins de maladies auprès des familles, moins de consultations au médecin, donc moins de charges pour les ménages.

Le projet au-delà de contrer la malnutrition sensibilise aussi sur l’importance d’observer de bonnes conditions d’hygiène. Dorénavant les élèvent se lavent avant de venir à l’école et se lavent les mains avant de manger.  De meilleures conditions d’hygiène sont aussi remarquées au niveau des ménages. Les femmes ont appris à purifier l’eau avec l’eau de javel ainsi que les condiments, ce qui explique aussi une diminution des maladies.  Les bonnes méthodes de préparation font aussi écho au sein des autres femmes des villages. On s’échange de nouvelles recettes, souvent des recettes traditionnelles oubliées et on essaie d’incorporer des aliments à forte valeur nutritive.

De plus, les parents observent un changement d’attitude des enfants par rapport à l’école. Au réveil, on a plus besoin de les forcer pour aller à l’école, le repas du midi est souvent un incitatif pour eux. A l’école on nous dit que quand ils mangent,  les enfants ont la joie, c’est comme un jour de fête et s’ils repartent à la maison après, ils ont la force de revenir l’après-midi à l’école. Les filles quant à elles, sont plus motivées car elles ne sont plus obligées de retourner chez elles le midi où plusieurs tâches ménagères les attendent.

Les parents d’élèves nous disent aussi que les cantines scolaires permettent d’alléger leur niveau d’obligation financière en ayant à préparer un repas de moins par jour.  Chaque parent doit offrir 50Kg en céréale par enfants et pour préparer les repas l’école achète le reste de la nourriture et des condiments aux producteurs locaux grâce à la part de financement du projet.  Cet argent en plus leur permet maintenant aux parents d’acheter le matériel scolaire, payer les cotisations à l’école, des fois d’acheter quelques vêtements aux enfants ou simplement des condiments comme du sucre qu’ils n’arrivaient pas à s’offrir. Les producteurs locaux quant à eux ressentent aussi les retombées économiques.

Ce projet a stimulé la cohésion sociale et avec tout cet engouement des villages autour des cantines scolaires et de ses impacts, les communautés sont aussi plus sensibilisées à l’importance de la réussite scolaire.  Malheureusement le projet vient à terme cette année. Le CECI et Woïyo Kondèye préparent peu à peu les communautés bénéficiaires à reprendre en charge le projet.  A mon avis, il est tout à fait sensé que la communauté, à travers l’école, prenne en charge les besoins fondamentaux des enfants des familles les plus démunis.  Quelles moyens, quelles activités génératrices de revenu leur permettra de poursuivre l’initiative des cantines scolaires? Sont-ils assez mobilisés pour le faire? Ont-ils les capacités pour le faire?

Backstage au Festival sur le Niger

10 Fév

Les inattendus de l’Afrique. 

Je passe à un vernissage, rencontre une amie avec qui je danse la Salsa. Elle me demande si je vais au Festival sur le Niger à Ségou. Je lui dis que je ne sais pas.  Elle me propose d’accompagner un photographe hollandais lors de son séjour ici. Il prépare un livre sur les festivals de musique boutiques comme Glastonbury, Fuji Rock (Japon), Roskilde, Sziget, Electric Picnic, Benicassim, Lowlands, The Falls (Australie) et termine son aventure à Ségou au Festival sur le Niger. Malheureusement, il ne parle pas le Français. Il aimerait donc trouver quelqu’un pour l’assister dans ses photoshoots avec les artistes et pour faire les entrevues.

Trois jours avant le festival, on se fait des rencontres Skype afin que je puisse avoir un peu plus d’informations sur son projet et ses attentes et hop, je suis dans le bus direction Ségou.

J’ai quelques amis de la scène artistique malienne, mais je ne savais pas que j’allais les rencontrer backstage. Moussa percussionniste de renom, Pamela animatrice d’un talkshow TV sur Africâble et deux amies photographes Oumou et Amsatou. Grâce à eux,  j’ai eu la chance de faciliter le contact avec les artistes et dénicher des entrevus. Les artistes aussi ont été très généreux, ils se sont ouverts et cela a fait en sorte que nous ayons des entrevus très riches en contenu.  Tradition versus modernité, les causes pour lesquels ils se battent en Afrique, les femmes, les orphelins, l’identité propre des Africains, l’influence de l’Occident, la paix, la solidarité, l’amour,  tous sont des thèmes dont les artistes souhaitent faire prendre conscience.

Encore des coïncidences…

Nous logions chez des amis à Ségou.  En me levant le dimanche matin, jour de notre départ, je remercie le propriétaire de la maison pour son accueil chaleureux, je lui présente un peu notre projet et il me dit qu’il est le parrain/fondateur du festival depuis ses débuts. Nous avons donc pris quelques minutes pour l’interviewer dans son salon.  En partant, je croise le guitariste d’Amadou et Mariam.  Je prends une chance et lui demande si c’est possible de prendre quelques photos d’eux.  Deux minutes plus tard, notre rendez-vous est fixé avec ces artistes reconnus mondialement. Wow! Comme on ne pouvait pas rester jusqu’au soir pour voir leur prestation, c’était une excellente occasion de les rencontrer.  A mon arrivée dans leur loge, je ne croyais pas devoir me confronter à leur gérant d’artiste, disons que je n’ai pas eu le choix d’user de mon charme cette fois…

Crédits photos: Peter Koudstaal

Être beepée

1 Fév

Tout le monde a un cellulaire au Mali et il faut surtout y répondre. Peu importe le moment!  Mais faire un appel c’est très dispendieux.  Comme ici quand on reçoit des appels c’est gratuit, je m’emporte des fois…Surtout que je peux être au milieu de nul part, oui vraiment nul part, pas dans les Laurentides, et recevoir un appel.

Avant, je n’y comprenais rien. On t’appelle et on raccroche. Ça s’appelle se faire beeper.  Toute excitée de recevoir des appels sur mon cellulaire au Mali, je rappelle et vite.  J’ai compris qu’ ici on beep quand on a pas de crédit ou quand on sait que tu en as plus que lui ou quand c’est pour te rendre service qu’on appelle ou parce que c’est toi qui a tout simplement appelé en premier. Quand on a pas assez de crédit pour beeper, Orange (le Telus du Mali) a même conçu un message texte pré-enregistré gratuit disant « Peux-tu m’appeler au numéro suivant 223 xx xx xx xx merci. » 

Mon préféré c’est « Peux-tu recharger mon compte au numéro suivant 223 xx xx xx xx merci. »

La guignolée vu d’Afrique

1 Fév

Taxi Man – En Janvier, en Amérique, les gens font le grand ménage et se débarrassent de tous leurs vieux trucs pour les remplacer par du neuf.  Chanceux!

Alia – Ha bon, je ne savais pas que c’était un rituel. Mais c’est vrai que pendant le temps des fêtes on se fait des cadeaux, des fois des gros, donc on se débarrasse de notre vieux stock. On remplace notre télé par une plus grosse ou celle d’une meilleure technologie.  On se dit qu’on va maigrir, donc on donne notre vieux linge.

Taxi Man – Oui parce que nous à chaque année, en Janvier,  il y a des bateaux remplis qui arrivent en Gambie de l’Amérique.  Il y a des bicyclettes, des vêtements, des jouets, des appareils électroniques…